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Brigadier général avec les américains, loin des frappes

Yrys

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Le brigadier général Sonny Hatton

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Conflit au Moyen-Orient Un général canadien avec les Américains, mais loin des frappes

Ottawa a décidé qu’un général canadien qui participe à un programme d’échange pourra demeurer en place au sein du commandement interarmées des États-Unis pour la région du Moyen-Orient, la structure qui pilote l’attaque contre l’Iran. L’officier ne participera toutefois pas au conflit et devra se concentrer sur d’autres tâches.

Publié à 5 h 00
Vincent Larouche

Questionné par La Presse, lundi, le ministère de la Défense avait demandé une journée supplémentaire avant de statuer publiquement sur le sort du brigadier-général Sonny Hatton, ancien directeur de l’artillerie au sein de l’armée canadienne.

M. Hatton participe présentement à un programme d’échange d’officiers avec les États-Unis. Il est intégré aux forces américaines comme directeur adjoint des opérations pour le CENTCOM, le commandement interarmées des États-Unis pour la région « centrale » entre l’Europe et le Pacifique.

C’est ce centre de commandement, basé en Floride, qui pilote l’opération « Epic Fury » lancée par l’administration Trump contre l’Iran. Le gouvernement canadien a appuyé l’opération, mais répété à plusieurs reprises que le Canada n’y participera pas.

« Les Forces armées canadiennes (FAC) ne participent pas à l’opération “Epic Fury” des États-Unis, et aucun membre des FAC n’a pris part à sa planification », a réitéré le ministère de la Défense mardi, en réponse aux questions sur les tâches accomplies par le général Hatton. Le Ministère confirme toutefois que l’officier demeure en place au sein du CENTCOM comme directeur adjoint des opérations.

Position délicate
« Clairement, c’est une position délicate », souligne Théodore McLauchlin, professeur agrégé à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale (CEPSI).

Si ce général est en train de libérer d’autres personnes qui participent à l’opération, on peut se demander si on est complice quelque part.

Théodore McLauchlin, professeur agrégé à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale

« Est-ce un risque ? Oui, absolument ! La légalité de cette guerre est sujette à débat. Je ne veux pas minimiser la chose. Mais il faut voir le risque inverse : si le Canada rappelait cet individu, cela risquerait de faire mal à nos relations avec les États-Unis », affirme Thomas Juneau, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales à l’Université d’Ottawa.

« Le Canada est en grosse position de faiblesse face aux États-Unis présentement et la gestion de cette faiblesse est extrêmement risquée. En ce moment, il n’y a pas vraiment de priorité plus importante que d’éviter de créer des vagues, des remous, qui pourraient nous faire mal au niveau des États-Unis », croit-il.

D’autres façons de s’occuper
Wendy Gilmour, ancienne haute fonctionnaire du ministère canadien de la Défense qui a elle-même représenté le Canada au sein du CENTCOM dans le passé, se veut rassurante : elle croit que le général Hatton peut trouver une foule de tâches pour s’occuper sans toucher à la guerre contre l’Iran.

« Il y a plusieurs autres activités qui se poursuivent dans la région qui ne sont pas en lien avec ça. CENTCOM participe à des entraînements avec les forces armées de différents pays, ils surveillent d’autres activités, ils regardent encore probablement tout ce qui se passe en Irak et en Syrie », énumère-t-elle.

Mme Gilmour, qui a déjà été secrétaire générale adjointe de l’OTAN, croit d’ailleurs que les États-Unis veulent garder leurs plans d’attaque pour eux-mêmes et pour leurs alliés de l’armée israélienne, sans en partager les détails avec les officiers des nombreux pays qui participent à des programmes d’échange.

Ils ont probablement pris les Canadiens, les Australiens, les Néo-Zélandais et les Européens qui sont là, et ils les ont affectés à tout le reste. Quelqu’un doit rester en charge de tout le reste !

Wendy Gilmour, ancienne haute fonctionnaire du ministère canadien de la Défense

L’ex-fonctionnaire se souvient au passage que le Canada a déjà eu à gérer une situation similaire lorsque l’administration Bush a décidé d’envahir l’Irak en 2003. Le gouvernement de Jean Chrétien avait refusé toute participation à l’opération hautement controversée.

À l’époque, des dizaines de militaires canadiens étaient intégrés à des unités américaines qui se déployaient dans la région. « Certains pilotes canadiens sur des programmes d’échange pilotaient des avions américains, et certains ont eu des permissions très spécifiques pour voler au sein d’escadrons américains », raconte-t-elle.

L’affaire était-elle considérée comme délicate par les autorités canadiennes de l’époque ? « Extrêmement ! », se souvient-elle.

Une intégration militaire unique
David Pratt, qui était ministre de la Défense du Canada dans le gouvernement de Paul Martin pendant la guerre en Irak, croit pour sa part que la situation peut se gérer facilement. « Il faut regarder le cas par cas. Travailler au CENTCOM, c’est du travail de quartier général. Il n’y a pas d’engagement direct dans les hostilités », dit-il.

Il souligne que le niveau d’intégration entre les forces militaires canadiennes et américaines est pratiquement sans équivalent à travers le monde, et il dit espérer que la situation demeure ainsi. « Les relations entre les militaires demeurent très fortes, si vous retirez les politiciens de l’équation. Lorsque j’étais ministre, il y avait entre 300 et 400 ententes de collaboration militaire entre nos deux pays », souligne-t-il.

Le ministère de la Défense n’a pas voulu dire combien de militaires canadiens sont présentement intégrés à des unités américaines, mais ses registres officiels publics donnent l’information pour les officiers généraux. Ils seraient une quinzaine, dont un commodore qui est vice-commandant de la deuxième flotte américaine, deux brigadiers-généraux intégrés à la « Space Force » des États-Unis et un autre intégré au commandement du « US Cyber Command », chargé des opérations dans le cyberespace.

Tous les intervenants contactés par La Presse ont souligné l’immense popularité des programmes d’échange chez les militaires canadiens, et les bénéfices qu’en retirent les FAC. « Ces programmes sont extrêmement précieux », insiste l’ancien ministre David Pratt.

L’ampleur des activités américaines est tellement grande que certains officiers peuvent y acquérir une expérience bien au-delà de ce que nous pourrions leur offrir.

Wendy Gilmour, ancienne haute fonctionnaire du ministère canadien de la Défense

« À l’époque où nous n’avions plus de sous-marins en service, nous avions des Canadiens qui servaient dans des sous-marins américains et britanniques, qui préservaient ces aptitudes pour les Forces armées canadiennes », illustre-t-elle.

De plus en plus de questionnements
« On peut apprendre beaucoup en partageant les expertises et les expériences. Les États-Unis ont clairement des capacités que les Canadiens n’auront jamais », renchérit Théodore McLauchlin.

Ce dernier s’attendait toutefois depuis un certain temps à ce que ces échanges suscitent de nouveaux questionnements en raison de « déploiements douteux » ordonnés par l’administration Trump.

Il mentionne notamment les frappes militaires contre des bateaux civils soupçonnés de transporter de la drogue dans la mer des Caraïbes, une zone où le Canada participe aussi à la lutte antidrogue. « Si les Canadiens ne sont pas affectés [aux frappes contre les bateaux], mais qu’ils prennent la relève d’un navire américain ailleurs dans les Caraïbes, ça les aide », souligne-t-il.

Il rappelle aussi qu’en janvier, les médias américains ont rapporté que la Maison-Blanche avait ordonné à des militaires de la 11e division aéroportée américaine de se tenir prêts à intervenir au Minnesota, lors des manifestations contre les expulsions d’immigrants. Le commandant en second de la division est un général canadien, qui participe à un programme d’échange.

Le ministère canadien de la Défense avait alors déclaré au Globe and Mail que l’officier ne serait pas autorisé à partir en mission au Minnesota sans une permission spéciale du gouvernement canadien.

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