• Thanks for stopping by. Logging in to a registered account will remove all generic ads. Please reach out with any questions or concerns.

L' armée canadienne planche sur des uniformes féminins

Yrys

Army.ca Veteran
Subscriber
Reaction score
32
Points
560
L' armée canadienne introducduit des uniformes pour les femmes pour la première fois

Pour la première fois, l’Armée canadienne introduit des uniformes conçus pour les femmes

« Ce n’est pas du “wokisme”. C’est une question d’efficacité de combat », a déclaré la lieutenante-colonelle Melanie Lake.

Source : CBC News (Radio-Canada)

Par Ashley Burke

Plus de 30 ans après que l’Armée canadienne a autorisé les femmes à servir dans des rôles de combat, des uniformes et des gilets pare-balles spécialement adaptés à leur morphologie sont en développement.

Pendant des décennies, les soldates ont dû porter des uniformes conçus essentiellement pour les hommes, ce qui, selon certaines, a rendu leur travail plus difficile, a contribué à des blessures et a nui au moral.

Des couches de base en laine mérinos munies de coupes ajustées pour les femmes et pour la maternité seront déployées dès l’an prochain.

De plus, les Forces armées canadiennes (FAC) se doteront de leur tout premier système de gilet pare-balles pour leurs soldates. Des démarches sont également en cours pour acquérir d’autres types d’équipements de protection individuelle spécifiquement conçus pour elles.

L’armée prévoit aussi recevoir en 2027 de nouveaux uniformes de camouflage disponibles en deux options, dont une coupe ajustée à la poitrine, aux épaules, aux hanches et à la taille pour les femmes.

Un enjeu qui dépasse le confort

L’enjeu dépasse le simple confort. Une étude récente a révélé que les recrues féminines subissent un stress nettement plus élevé aux genoux que leurs collègues masculins lorsqu’elles transportent des charges lourdes.

Les données internationales abondent dans le même sens. Une étude australienne de 2021, menée auprès d’une centaine de soldates, a révélé que 63 % d’entre elles ressentaient un inconfort à la poitrine en portant leur gilet pare-balles, et 27 % ont rapporté des blessures spécifiques aux seins liées à l’équipement.

Un travail de longue haleine

Karine Bibeau, vice-présidente de l’expérience client à Logistik Unicorp, l’entreprise québécoise qui fabrique ces uniformes, précise que ce délai s’explique par l’ampleur de la tâche. L’entreprise conçoit une garde-robe complète et non un seul vêtement, et chaque pièce doit faire l’objet de tests exhaustifs.

La responsable de la cellule de soutien des facteurs humains au ministère de la Défense, Emma Moon, souligne que cette initiative marque un tournant historique : c’est la première fois que ces articles sont entièrement conçus, dès le départ, en fonction de la morphologie des femmes.

« C’est une première pour les vêtements opérationnels. C’est un signal fort de soutien. C’est une victoire immense. »

Son équipe a passé les cinq dernières années à mettre au point les nouvelles tenues opérationnelles militaires. Pour y parvenir, elle a sondé les membres de l’armée, effectué des examens d’imagerie médicale afin de constituer une base de données morphologiques plus diversifiée, et testé rigoureusement des prototypes en laboratoire comme sur le terrain.

Emma Moon explique que, lorsque l’ajustement des uniformes n’est pas optimal, cela exige un effort supplémentaire de la part des militaires, tant sur le plan mental que physique.

Le Canada, chef de file

Le gouvernement a octroyé cet été une enveloppe de 440 millions de dollars sur 10 ans pour ce projet, indique le directeur de projet pour l’initiative de modernisation de l’habillement et de l’équipement opérationnels des soldats, Serge Côte.

Selon M. Côte, l’évolution de la science et la présence de femmes sur les lignes de front en Ukraine ont servi de « catalyseur » pour pousser les pays à adopter des coupes tenant compte du genre.

Grâce à ces avancées, le Canada fait désormais figure de précurseur. Plusieurs pays alliés, qui envisagent d’emboîter le pas, voient aujourd’hui le Canada comme un meneur en la matière.

« D’après mes échanges avec nos alliés, personne d’autre n’a réellement adopté de coupes sexospécifiques aussi poussées. Certes, certains pays nordiques ont introduit des couches de base conçues tant pour les hommes que pour les femmes, mais personne n’est allé aussi loin pour l’ensemble du système d’habillement. »
— Serge Côte, directeur de projet au ministère de la Défense

Une initiative tardive ?

Malgré cet enthousiasme, plusieurs voix s’élèvent pour dire que ces ajustements auraient dû être faits depuis longtemps.

« Je pense que nous devrions avoir honte de nous-mêmes », lance Charlotte Duval-Lantoine, experte en culture militaire à l’Institut canadien des affaires mondiales.

Elle souligne que les recherches montrent que les femmes quittent les rangs en plus grand nombre que les hommes en raison de troubles musculosquelettiques. La haute direction militaire était au courant de ces problèmes d’ajustement depuis des décennies, ce qui a créé des barrières pour les femmes et les a mises en danger.

« On se retrouve avec un équipement moins efficace pour protéger contre les balles, ce qui peut augmenter le nombre de victimes au combat. »

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a qualifié d’« inacceptable » le fait que les femmes ne disposent pas d’« uniformes appropriés ». Les responsables du ministère admettent qu’historiquement, les tenues étaient conçues pour un « groupe homogène » largement masculin.

« Ce n’est pas comme si nous avions mis en service du matériel moderne pour les soldats en laissant les femmes de côté. En réalité, nous n’avons pas modernisé nos gilets pare-balles depuis des décennies. Nous le faisons donc maintenant avec la pleine conscience que cette mise à niveau doit bénéficier à tout le monde, de façon équitable. »
— Emma Moon

Recrutement difficile

Alors que le secteur de la défense figure parmi les priorités du gouvernement Carney et que les FAC font face à une grave pénurie de main-d’œuvre, la contribution des femmes est cruciale.

Une réforme du système d’habillement de l’Armée de terre et de l’Aviation royale canadienne est donc nécessaire. Les FAC veulent atteindre une proportion féminine de 25 % de leur personnel d’ici 2026. Malgré un recrutement record l’an dernier, l’armée a aussi enregistré son plus haut taux de départ chez les femmes en 10 ans.

La première femme officière d’infanterie au Canada en 1990, la majore à la retraite Sandra Perron, se rappelle qu’à ses débuts, elle portait un uniforme d’homme de très petite taille, mais que rien ne lui faisait.

« Cela envoie le message que vous n’êtes qu’une considération secondaire. C’est malheureux, car cela signifie que nous avons eu beaucoup de blessures. De nombreuses femmes ont quitté les rangs précisément pour cette raison. »

Mme Perron admet qu’il serait facile de regretter que ces nouveaux uniformes n’aient pas été déployés à son époque, mais elle se réjouit de voir ce changement s’opérer aujourd’hui pour favoriser le recrutement et la rétention des femmes dans les rangs.
 
Back
Top